Ce n’est pas une aventure à la Tintin, mais une histoire vécue; vécue par moi en
Décembre 2011. Par respect pour mes amis et leur frère, le sorcier, mais aussi parce que l’expérience a provoqué un véritable ras de marée d’émotions et engendré bien des questions dans mon esprit de tendance cartésienne, j’ai attendu tous ces mois pour déposer mes souvenirs en mots, et français seulement, sur une page virtuelle. Après avoir rencontré le sorcier, j’ai ressenti les effets de ma guérison pendant 2 ou 3 semaines ; depuis je me porte comme un charme !
Nous étions tous assis en cercle et en tailleur à même le sol, dans un coin du grand salon meublé de plusieurs sofas et de meubles cossus chargés de dorures. Swee Ann était à ma droite, nos amis R., son mari B. et une bonne partie de leur famille formaient une rangée en face de nous. Ce n’est pas tous les jours que leur frère accepte de mettre en pratique ses talents de guérisseur. « Il n’est pas facile » m’avait avertie R.
Le sorcier chantait ses incantations en langue ancienne d’Indonésie; un don qui lui était venu dès l’enfance avec la connaissance innée de secrets occultes transmis depuis le fond des temps. Vêtu d’un ensemble pantalon – tunique en cotonnade noire et coiffé d’un turban de la même couleur il ressemblait à un maître de silat, l’art martial pratiqué par les malais.
J’étais sa première cliente. Il s’interrompit pour me demander ce dont je venais me plaindre. « Les poumons, les reins, la gorge, la tête, les yeux… les docteurs ne trouvent rien mais je me sens décliner » B. traduisait mon anglais en javanais d’antan. Je gardais pour moi que toutes les douches et les crèmes parfumées du monde ne m’empêchaient plus de sentir ma propre odeur ; l’odeur de la mort. Je la connais ; je l’ai sentie dans un hôpital et sur des animaux.
B. versa de l’eau minérale, donc pure, dans un verre. Le sorcier malais que l’on appelle ici bomoh prit un caillou noir dans sa main ; les incantations reprirent. Au bout de quelques minutes, il posa le caillou sur un carré de papier d’alu et me demanda de souffler dessus; puis il froissa le papier autour du caillou et le plongea dans l’eau. Au fond du verre, la papillote commença à tourner sur elle-même, de plus en plus vite en faisant un bruit de pétillement, comme de la limonade ! J’avais observé tous ses gestes ; rien n’expliquait ce qui se passait.
Avant de se remettre à prier, il me regarda droit dans les yeux et me demanda de ne pas le craindre et de ne pas paniquer ; puis il prépara une deuxième papillote en papier d’alu dans laquelle il souffla des mots magiques avant de la mettre en boulle. Tandis qu’il tenait la boulette argentée dans sa main gauche il posa le bout de son indexe de la main droite sur mon avant bras droit ; l’impact pas plus lourd que celui que ferait un duvet de moineau. Il continua à prier. Entre le bout de son doigt et mon bras, un courant de chaleur s’était mis à circuler qui devint de plus en plus fort. Je sentais ma peau brûler mais je ne bougeais pas. Enfin il retira sa main et tous ceux présents émirent des cris de surprise mêlée d’effroi: il restait une marque de brûlure sur mon bras !
Le sorcier me demanda alors de toucher la papillote ; elle brûlait, et lorsqu’il la fit passer de main en main, personne ne réussit à la garder plus que quelques secondes. Il la posa enfin devant lui et se remis à prier tout en allumant des bâtons d’encens ; c’est alors que les chiens du voisinage se mirent tous à hurler à la mort à l’unisson. Les regards étaient éloquents ; le sorcier m’offrit un sourire entendu. Dans le verre, le caillou tournait toujours et l’eau avait noirci. Tout à coup j’avais la chair de poule.
Enfin, par le biais de B. il nous expliqua que j’avais été la victime d’un envoûtement par un esprit maléfique Dayak qui avait été initialement dirigé contre mon mari – une jalousie de travail. Comme Swee Ann était protégé par les talismans de son chauffeur bidayuh, le sortilège avait ricoché sur moi qui n’étais protégée par aucun talisman. Son explication terminée, il ajouta tout simplement que l’envoûtement auquel j’avais été soumise (il venait de me guérir) avait eu pour but de me tuer lentement. Deux semaines de plus et j’aurais dû passer de vie à trépas sans que les docteurs sachent pourquoi. Enfin et pour conclure mon cas, il ajouta d’un ton neutre : « Vous sentiez la mort. »

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