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Vous êtes peut être en train de vous dire qu’une présentation sur le tressage et la vannerie n’est pas vraiment une partie de plaisir? Détrompez-vous ; il n’y a rien de plus faux. Heidi Munan, mon amie suisse qui est experte en arts et culture du Sarawak nous a offert un « one woman’s show » percutant autant par ses connaissances que par son humour.
J’étais donc venue au Sarawak Museum pour écouter Heidi et en apprendre plus sur les paniers de Bornéo.
Il y a quelques semaines de cela, j’avais obtenu l’autorisation du musée pour justement prendre des photos (sans flash !) de paniers en exposition au premier étage de l’aile Tunku Abdul Rahman du musée. Lorsque j’ai su qu’Heidi organisait une séance d’information pour les employés du musée, je n’ai pas voulu manquer une occasion d’approfondir mes connaissances.
Heidi nous a donc expliqué qu’il n’y a pas si longtemps que ca (100 ans environ), on ne trouvait pratiquement aucun meuble chez les habitants du sarawak, de Bornéo et de la région en général.
A l’entendre, ma mémoire a tout à coup fait un retour en arrière de 30 ans, lorsque les maisons de Kuching n’étaient pas encore cachées derrière des clôtures hautes et impénétrables ; lorsque les rideaux de fenêtres n’étaient une coquetterie.

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Il était facile, alors, de se promener en voiture le soir et jeter un œil dans les maisons éclairées par un tube néon. Je me souviens avoir vu très peu de meubles dans ces intérieurs urbains. Il y avait souvent une table ronde pour les repas ; un meuble télé, certainement et le « MUST » du 20eme siècle : l’ensemble salon qui consistait de deux banc (un 3 places et un 2 places) et deux fauteuils avec des coussins Dunlop. Malgré tout, pour regarder la télé, tout le monde s’asseyait par terre, sur une natte artisanale fabriquée au village et souvent héritée d’un aïeul. C’était peut être une façon d’économiser les housses des coussins imprimés de grosses fleurs en plein milieu ; ou peut être était-ce tout simplement une habitude ancestrale qui leur convenait mieux.
C’était dans les années 80 (1980 !!!), dans la ville de Kuching. A l’époque il me semblait bizarre de voir que les gens d’ici n’accordaient que très peu d’intérêt au confort de leur logement.
Je ne savais pas encore que le concept même du genre de confort dans lequel j’avais grandi n’avait fait son apparition dans la vieille Europe qu’au dix huitième siècle ! D’après l’auteur anglais Bill Bryson que j’adore, le mot « confortable » voulait dire « capable d’être consolé » ; à l’époque, le confort, c’était quelque chose que l’on offrait aux blessés ou aux éplorés.
Sur l’ile de Bornéo, les paniers servaient absolument à tout : tous petits pour y mettre des noix de bétel et un briquet ; plus grands pour y conserver le riz ou quelconque possession; d’autres encore pour ramener la récolte depuis le champ. Certains paniers mesuraient parfois bien plus en hauteur que celui qui les portait !
Il n’y avait pas de mules et pas encore de véhicules à roues et s’il n’y avait pas de prao, il ne restait plus
qu’àtout porter dans des paniers. Heidi a bien voulu nous rappeler qu’il existait même des paniersspécialisés comme par exemple ceux qui servaient a rapporter les têtes d’ennemis à la longhouse. Quelle époque !
Si les Dayaks ont abandonné leurs coutumes de coupeurs de têtes, l’usage des paniers est reste le même en milieu rural. Les paniers et nattes indigènes du Sarawak sont réalisés en fibres végétales tel que le rotin, le bambou, le Pandanus candelabrum (Pandanacées), le marante ou encore l’écorce de l’arbre à pain (takalon) Il y a quelques années personne ici ne faisait le commerce des paniers, des nattes ou des chapeaux ; ils ne servaient alors qu’un but utilitaire à la famille qui les fabriquait.

Fait en écorce de jaquier, pour conserver la récolte de riz. Ce baril se trouve toujours dans les combles des appartements de la longhouse
De tous temps, ce sont les hommes qui se sont chargés de la cueillette des matériaux nécessaires à la vannerie. C’est un travail très dur, en particulier lorsqu’il s’agit d’aller couper du rotin. Une fois les matériaux livrés à la longhouse, les femmes prennent la relève et s’occupe de calibrer les feuilles ou les lianes avant de pouvoir les tresser et confectionner des objets à usage journalier comme les paniers, bien sûr, mais aussi les nattes sur lesquelles s’assoir ou dormir et même les chapeaux qui protègent du soleil comme de la pluie.
Autrefois, le port du chapeau permettait de s’identifier auprès des autres. Cela permettait d’indiquer le groupe
ethnique auquel la personne appartenait et son statut. Heidi possède une collection impressionnante de chapeaux de Bornéo ; elle nous a régalés d’un beau spectacle qui a du semer le doute parmi les spectateurs quant à ses origines ethniques.
« And the times, they are changing »(Bob Dylan)
Des lamelles de plastique, du papier journal recyclé; nouvelles idées, nouvelles tendances et nouveaux collectionneurs. La fabrication des nattes pour dormir en marante (nom local bemban), par exemple, se trouvent désormais dans la catégorie des techniques disparues, ou presque ; et tandis que les jeunes dayaks abandonnent la tradition de tresser des nattes de haute qualité, les connaisseurs les collectionnent comme des objets d’art.
Heidi Munan est conservatrice honoraire au Musée du Sarawak et directrice de Crafthub , une association pour la promotion de l’artisanat au Sarawak.
Elle a écrit plusieurs livres sur la culture et les arts du Sarawak. Sur ce sujet en particulier, voir SARAWAK CRAFTS, Heidi MUNAN, Oxfor University Press KL 1989
C’est aussi une experte en perles de Bornéo. Voir son livre BEADS OF BORNEO
Un autre livre, cette fois ci par un français: IBAN BASKETS, Jean-François BLEHAUT, Sarawak Literary Society, Kuching 1994.























